Un landais d’origine bretonne et une landaise d’origine espagnol en transhumance en Drôme. On pourrait aussi dire « le grand Atlantique au pays du picodon », mais ne vous-y fiez pas, si vous les reniflez d’un peu plus près, vous retrouverez l’odeur iodée des embruns de l’océan qui leur reste, malgré tout, collée à la peau.

Hubert, 53 ans, sportif accompli et VTTiste déchaîné est très impliqué dans le club VTT de Die. Vous le rencontrerez souvent au détour d’un petit chemin de randonnée, vêtu d’une étrange combinaison aérodynamique (casque, gants, cycliste et maillot moulant qui glisse au vent) “Ici, tout de suite, tu te prends 1000m de dénivelé dans la gueule, ça peut être moins sympa pour les non-sportifs ou les enfants, mais moi j’adore”. Si bien que quand vous le croisez en “tenue de ville”, vous pourriez presque ne pas le reconnaître, mais c’est bien le même homme, au regard lumineux qui semble avoir capturé l’océan avant de s’en éloigner.

Si vous n’avez jamais croisé Hubert, vous avez alors sûrement lu ses nombreux articles dans la Feuille de Quint. C’est en effet un “portraiteur” attitré et assidu à la verve humoristique assez remarquable. “Pas besoin qu’il signe, on le reconnaît à son humour”, me glisse la rédac-chef.

Corine, 46 ans, passionnée d’équitation est, quant à elle, très impliquée dans le club hippique de Pont de Quart. Son costume est donc tout autre que celui de son chevalier ; on peut aussi la rencontrer déguisée en Gauloise ou en Indienne au triple galop sur son cheval par peur d’arriver après la bataille d’Aurel (des fois qu’ils auraient gloutonné tout le sanglier, pardi ! ). D’une douceur et d’une bienveillance sans pareilles, un peu plus casanière qu’Hubert, elle le remercie de sa curiosité, son allant vers les autres et son envie de connaître qui leurs ont permis de tisser des liens très fort avec les Quintous. Dans le regard de Corine, vous retrouvez la profondeur et l’ancrage à la terre. Son bronzage naturel chante le soleil.

Ces 2 là se sont bien trouvés et ont décidé de mêler leurs destins personnels et professionnels. Tout d’abord ils ont fait 2 charmants bambins ouverts et curieux. Tom, 13 ans, est adepte du théâtre d’improvisation . Ella 11 ans préfère le cheval et le piano. Coté professionnel, Corine et Hubert sont tous les 2 éducateurs spécialisés de formation. Corine a travaillé pendant 21 ans en institution avec des adolescents ; Hubert, quant à lui, s’est frotté au cadre de la prévention spécialisée en créant des structures d’accueil pour des toxico, des SDF ou des jeunes en errance. “Mais quand le vent tourne politiquement, ton lieu peut se fermer ou déménager”. Voit alors jour l’envie commune de monter leur propre lieu d’accueil : envie de travailler en milieu ouvert, de vivre l’accompagnement de vie et le travail d’une autre manière (hors institutions), d’accueillir à la maison et d’être plus autonome sur la gestion d’un projet.

Cela correspond à ce que proposait la maison Mondstupfer. En route dès lors pour à St Julien-en-Quint où ils débarquent en juin 2011.

Les premiers souvenirs qui les ont marqués sont l’accueil qu’il leur a été réservé par les habitant(e)s de St Julien. Corine a vraiment été séduite par cette amabilité constante : “on ne s’est jamais senti étrangers, ici”, c’est pour ça que ce n’est pas facile de partir…Il y a un vrai attachement avec les gens”

Hubert : “On a partagé très vite des centres d’intérêt très concrets, en dehors de nos champs de compétences et liés directement au travail des gens de la vallée” (monter les moutons et les vaches sur le plateau / broyer et débarder / Faire du fromage avec Line…). Les jeunes accueillis à la maison nous accompagnaient et ce coté-là a beaucoup joué dans le relationnel. C’est la première fois que je vis ça de cette façon dans un village ! A partager l’activité des gens, on s’est rendu disponibles avec beaucoup de plaisir : se retrouver la tribu Vieux et la tribu Le Guen pour cueillir le calendula, entretenir les sentiers avec les chasseurs et partager leur repas, s’impliquer dans les manifestation du comité des fêtes et de l’association Valdec’Quint »

Il faut dire aussi que nos 2 compères ont été très présents auprès des jeunes du village : leur maison est devenue une véritable plaque tournante pour la “bande de Quint”.

Une rencontre que vous n’oublierez jamais ?

Hubert : “La rencontre avec Léon Vieux autour d’un goûter organisé avec les enfants . Léon a sorti les vieilles photos de l’époque où il était le cantonnier du village : partage avec les enfants de tout un univers, le monde des années 20, l’avant-guerre. C’était fort et magique comme rencontre !”.

Corine : “C’est plus un ensemble de choses, de rencontres, mais quand même il y a eu ce pique-nique sur Ambel avec des éleveurs et des familles du village. Un beau moment très festif et très convivial”

Et puis il y a eu cette rencontre avec Joël Martin alors que Corine se baladait à cheval. « Un bel échange autour de l’animal. Un moment précieux. »

Un paysage remarquable ?

Hubert : “La vue depuis Font Payanne sur la Vallée de Quint est la plus belle”

Corine : “L’arrivée dans la Vallée par Marignac avec le cirque en point de vue, c’est juste magnifique lhiver après les premières chutes de neige” “ Quand je rentre dans cette vallée, j’ai l’impression d’arriver chez moi, dans un endroit protecteur, une sorte de cocon, un terrier”

Un Projet professionnel

On est venu vivre ici pour un projet professionnel ainsi que pour l’environnement qui nous plaisait. On ne s’est jamais dit qu’on resterait ici toute notre vie (on est iodé quand même !) mais l’idée était quand même d’y rester longtemps. Nous voulions vivre ici pleinement et ensuite à la retraite, partir à proximité de l’océan…Après, un conflit au sein de lassociation et certaines malveillances ont détruit cet espoir et ce projet. Ce moment de notre vie a été très dur, ça a été une vraie souffrance, mais au-delà de ces moments très difficiles, il y a eu un réel soutien et une proximité avec les gens du village qui ne prenaient pas forcément partie, mais qui ont toujours été là dans ces moments de galère, mais aujourdhui on est debout et on avance. »

Vous avez donc décidé de quitter la vallée de Quint pour repartir sur un autre projet professionnel

On a demandé au Conseil Général de la Drôme une habilitation pour notre lieu de vie. Quand on a compris que la politique du Conseil Général était plutôt de fermer des lieux de vie que d’en ouvrir, on a pris la décision de partir pour rebondir ailleurs. Un acheteur pour notre maison s’est alors manifesté et tout s’est enchaîné. En parallèle, on a acheté une maison à St Eulalie en Born (Nord des Landes) permettant un projet daccueil

et pour nous, de rebondir professionnellement. Le déménagement est prévu pour le 25 juin 2015… Jour pour Jour 4 ans après notre emménagement., ce n’est pas forcément de gaieté de cœur que l’on part car on laisse beaucoup d’amis et de relations très proches ici…”

Ce n’est pas non plus de gaieté de cœur que nous vous dirons « au revoir », Hubert et Corine. Vos souvenirs sont fortement marqués par les rencontres humaines. Normal, “vous le valez bien” ! Merci pour votre humanité pleine de générosité et de douceur.

Personne n’est irremplaçable !” Oui Hubert, mais chacun est unique et vous allez nous manquer ! Bon vent à vous 4. On vous souhaite tout le bonheur du monde ainsi qu’une belle réussite dans votre nouveau projet ! Ne nous oubliez pas et revenez nous voir de temps en temps dans notre belle vallée, où vous serez toujours accueillis avec joie, soyez en persuadés. Et pourquoi pas un jumelage entre St Julien-en-Quint et St Eulalie en Born ? Une idée à creuser …

Laëtitia Gibouin et JC Mengoni

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