Cet été on ne parlait que de ça : «  la nuit dernière en revenant de Saillans il y en avait des nuées, on ne pouvait plus conduire », « dans la vallée d’Omblèze les buis sont tous gris, comme morts », « hier soir les vitres en étaient recouvertes», « il parait qu’à Sainte Croix les buis sont attaqués sous le monastère »…Il s’agissait bien sûr de la pyrale du buis, ce papillon qui dévaste nos forêts depuis quelques années. Croisons les doigts, dans la vallée de Quint, il n’y a pas eu encore de grosses nuées. On peut s’y préparer !

Quel est ce papillon ?

C’est une espèce de papillon nocturne invasive venue d’Asie en 2010 : la Pyrale du buis, Cydalima perspectalis, sa chenille dévore exclusivement les feuilles de buis jusqu’à les décimer.

Le papillon, de grande taille, 3 à 5 cm, aux ailes blanches bordées d’un liseré brun aux reflets violacés, est un nocturne, donc sauf s’il est dérangé, il ne se manifeste pas le jour. Ces papillons pondent juste quelques jours après l’accouplement, avec à chaque ponte 1 200 œufs en moyenne par femelle.

Il y a trois cycles de reproduction chaque année : au printemps, à partir de mars – avril, en juin – juillet, et de septembre à novembre. La période la plus forte en nombre de pyrales du buis est entre début juillet et fin septembre.

La chenille : de grande taille elle aussi, 4 à 5 cm, striée dans le sens de la longueur de vert clair, vert foncé et noir. Elle n’a pas de prédateur, ou très peu. Certaines chenilles de la pyrale du buis arrivent à passer l’hiver et donc les premières attaques de printemps peuvent avoir lieu avant l’arrivée des papillons.

Les symptômes et les dégâts

Les dégâts causés par cet insecte sont considérables. Tout le monde a vu ces buis devenus gris, secs, comme morts, le buis est devenu défolié, il perd sa capacité à se régénérer. Des attaques successives laissent les buis exsangues et remettent en cause la survie des « buxaies ». La défoliation des buis augmente les risques d’incendie

L’observation : Contrôlez régulièrement vos buis en les inspectant jusqu’au cœur du feuillage. Vous serez alertés si vous voyez qu’il s’en dégage des papillons blancs et bruns de 3 à 5 cm, si vous apercevez des toiles tissées formant avec les feuilles des sortes de cocons parsemés de boulettes de déjections vertes, et bien sûr si vous trouvez des chenilles insatiables.

Des actions collectives de surveillance et de traitement sont indispensables pour limiter la propagation de la pyrale du buis.

Et bien se rappeler que certaines chenilles de la pyrale du buis arrivent à passer l’hiver et donc les premières attaques de printemps peuvent avoir lieu avant l’arrivée des papillons.

La prévention :

Vous pouvez couvrir vos buis de filet anti-insecte et/ou retirer manuellement les chenilles en les faisant tomber en secouant les buis et en les ébouillantant ou les brûlant (la chenille du buis n’est pas urticante). Plus vous détruirez rapidement un maximum de chenilles, mieux vous rendrez la lutte contre la pyrale du buis facile. Si vous êtes dans une zone sensible, vous devez inspecter vos buis au moins une fois par semaine. 

Les pièges :

Vous pouvez compléter votre surveillance par la mise en place de piège à phéromone (disponibles en jardinerie ou sur internet), un attractif sexuel, pour capturer les papillons mâles. En plus de limiter les attaques, ces pièges vous permettront de détecter plus tôt la présence d’éventuels papillons.  Mais ces pièges ne sont d’aucune utilité si l’on voit déjà des nuées de papillons le soir car ils seront très vite saturés.

D’autres sortes de pièges très simples à réaliser sont peut-être aussi efficaces que les pièges à phéromone : il suffit d’une bassine d’eau mélangée à du liquide vaisselle à placer sous une lumière allumée pendant la nuit. Les papillons y sont attirés et s’y noient en masse.

Les insecticides :

Si l’invasion a commencé, seul reste l’insecticide: traitement par pulvérisation de bactéries qui tuent les chenilles. La bactérie Bacillus thuringiensis  (autorisé en agriculture biologique) est très utilisée contre les chenilles mais pour que la dose soit létale, il faut pulvériser le produit contenant cette bactérie le plus tôt possible, dès les premiers stades larvaires, environ 8 jours après l’arrivée des papillons.

Un traitement préventif n’est pas utile car ce bacillus a une durée de vie assez courte une fois pulvérisé (1 semaine maximum). Le traitement doit être pulvérisé finement pour atteindre le maximum de feuillage en faisant attention à bien mouiller également le dessous des feuilles car les pontes ont lieu sous les feuilles.

Le bacillus thuringiensis étant sensible au UV il est conseillé de traiter soit en fin de journée soit par jour nuageux (mais sans pluie). Il est inutile de cibler directement les chenilles, celles qui seront atteintes par la pulvérisation seront rapidement détruites par le Bacillus ; la majorité des autres chenilles seront détruites lorsqu’elles consommeront le feuillage colonisé par cette bactérie. Ainsi, même les chenilles inaccessibles à la pulvérisation seront à un moment ou un autre contaminées et détruites. La bactérie transforme le buis en piège mortel pour les chenilles qui mourront en deux à trois jours.

Inutile de retraiter avant un délai de 7 à 10 jours car le Bacillus reste actif pendant cette période. Mais il est prudent de refaire un traitement 8 jours après au cas où quelques chenilles auraient réchappé au premier passage. Si vous ne faites pas ce deuxième passage, il y a de forte chance qu’il reste quelques chenilles qui vont ravager vos buis.

Après cette première phase de traitement, vous constaterez une amélioration et la repousse des feuilles, mais cela ne résoudra pas définitivement le problème.

Le cycle de vie de la pyrale du buis conduit à plusieurs pontes dans l’année. Il faut donc renouveler l’opération tous les mois jusqu’à l’hiver. Le renouvellement du traitement en fin d’hiver ou au début du printemps de l’année suivante permet de venir à bout des larves ayant hiverné au sein de vos buis.

Les autres insecticides. Vous pouvez également saupoudrer vos buis avec de la terre de Diatomée utilisée en agriculture biologique, mais il n’est pas sélectif et risque de tuer les autres insectes. Il existe également des insecticides chimiques anti-chenilles qui ne sont pas plus efficaces que le bacillus thuringiensis et qui ont l’inconvénient de détruire les autres insectes.

Les prédateurs naturels

Une entreprise drômoise a identifié un prédateur naturel à la pyrale. Il s’agit d’une guêpe qui empêche la reproduction du papillon. le trichotop buxus, une guêpe microscopique qui agit dès le stade de reproduction du papillon. 

Bien que les substances du buis en grande quantité soient toxique pour les oiseaux, Il semblerait que parmi ces derniers certains puissent se nourrir des chenilles de la pyrale : la mésange, le pinson voir le moineau. Il s’agit alors d’installer des nichoirs pour favoriser leur nidification à proximité des buis

Une fois l’attaque passée

La sauvegarde des buis atteints dépend de leur degré de destruction par la pyrale. S’ils n’ont été que partiellement atteints, ils referont leur feuillage sans grandes difficultés, dans tous les cas laissez-les en place, arrosez les jeunes sujets et fertilisez avec un engrais coup de fouet type sang séché pour favoriser le redémarrage. Par contre certains buis complètement ravagés par les chenilles ne pourront malheureusement pas reverdir.

Et de toute façon on croise les doigts pour que la pyrale oublie notre vallée.

Bruno Robinne

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