Nous savons notre vallée pleine de lieux de rêve, calmes, isolés, magnifiques que l’on découvre au détour d’un val, au fond d’une combe ou dans les replis des contreforts du Vercors. Mais trouver Les Bergers exige un peu de recherches. Vous dépassez St-Julien et vous orientez droit vers les montagnes, ensuite vous empruntez une route étroite, direction Les Bonnets et vous arrivez dans un beau petit val isolé dominé par les hautes falaises du Vercors. Un décor enchanteur, un mélange harmonieux de verdure et de pierre où vous vous sentez en paix. Et là, sur votre gauche à mi hauteur se trouvent une maison, quelques toits et murs de pierre qui émergent des landes en bordure de la forêt : les Bergers.

La ferme d’origine est implantée à flanc de coteau perpendiculairement à la pente. Le bâtiment à 2 niveaux couvert d’une toiture à 2 pentes accueille la grange à l’étage supérieur accessible de plain-pied à l’ouest et, dans son prolongement, la partie habitation constituée d’une unique pièce accessible par un escalier extérieur en façade sud. Le rez-de-chaussée bas accueillait étables et remises.

Autant la façade nord est fermée, autant la façade sud est ouverte, percée de portes de granges et d’ouvertures pour l’habitation. Cette façade est protégée des intempéries, pluie, neige mais aussi soleil, par un grand débord de toit qui court le long de la façade sans être parallèle à celle-ci : le débord se fait plus prononcé au-dessus de la porte de la grange et au-dessus de l’escalier d’accès à l’habitation. Ce bas de pente qui serpente donne une grande poésie et légèreté à cette façade.

Et puis le bâtiment s’est agrandi, on en voit les traces dans les maçonneries, par ajouts successifs qui ont été eux-mêmes transformés au fil du temps. Un grand bâtiment a été dressé à l’est sur 3 niveaux pour agrandir l’habitation à l’étage et accueillir une grande bergerie sur les 2 niveaux inférieurs, accessibles chacun de plain-pied en profitant de la pente.

Ces extensions ont été couvertes par des toitures à une pente courantes dans le diois. Celles-ci permettent des extensions en s’allongeant ou en se dédoublant selon les besoins et de regrouper sous un même toit l’habitation et les bâtiments agricoles.

Cet ensemble très compact et cohérent se prolonge à l’extérieur par des murets et des petits bâtiments fonctionnels comme le lavoir et le four à pain qui viennent raccrocher les bâtiments de la ferme à leur environnement. Et, au-delà de cet ensemble bâti, il reste du hameau initial encore une maison et d’autres petites constructions accrochées à la pente et couverts eux aussi de toitures à une pente.

La vaste bergerie est alimentée en eau par un long abreuvoir et nous comprenons qu’effectivement seuls des bergers ont pu s’installer dans les temps anciens sur ce site aride, situé à mi coteau, sans terres labourables ou si peu, à peine de quoi se nourrir. Un site magnifique, mais pas très accueillant, que les hommes ont dû dompter dans les temps anciens pour qu’on puisse imaginer les troupeaux de brebis, taches blanches mouvantes, envahir les prairies alentour et gravir la montagne vers les pâturages du Vercors en été …

Les anciens racontent que le hameau des Bergers comprenait de très nombreux foyers !… C’est très étonnant et sans doute un peu exagéré, mais toutes les ruines alentour laissent effectivement penser que ce site accueillait autrefois un bon nombre de maisons et d’habitants. Le cadastre de 1824 recense 19 bâtiments, maisons ou dépendances aux Bergers.

Pour en savoir plus, il a fallu consulter les tous premiers recensements connus. Ceux de 1836 et 1841 n’indiquent malheureusement pas le nom du hameau de résidence des habitants recensés et ne sont donc pas d’une grande utilité pour nos recherches, mais par la suite tout devient beaucoup plus précis.

On apprend qu’en 1846 vivaient aux Bergers 25 habitants répartis sur 6 familles :

La famille Richaud dans la grande maison comptant 7 personnes sur 3 générations, la famille Drogue avec 4 personnes sur 2 générations, la famille Daumas avec 4 personnes sur 3 générations, la famille Barret avec 3 personnes sur 2 générations, la famille Reynaud, 6 personnes sur 3 générations et Jean-Pierre Grangeron, 1 personne, garde-particulier …

Puis au fil des années le hameau a connu une grande instabilité. Les propriétaires se sont succédés sans s’installer durablement et les Bergers ont perdu peu à peu leurs habitants : de 25 résidents en 1846, il n’en restait plus qu’un en 1911, Ferdinand Barnarie dont on trouve le nom gravé sur un mur du lavoir avec mention de la date de mars 1914.

En effet la vie ne devait pas être simple dans ces lieux reculés en fond de vallée, au pied des montagnes. Et on peut comprendre que les habitants d’un petit village de bergers aient eu envie de rechercher des terres plus hospitalières pour fonder une famille et entretenir leur foyer.

Ce hameau qui dépérissait, tombait en ruine et paraissait voué à une mort certaine a retrouvé vie grâce à une famille amoureuse du Diois, Nicole et Gérard Dellinger et leurs enfants. En 1963, sur un coup de cœur de Nicole et malgré quelques réticences de Gérard, ils ont acheté ces bâtisses vétustes pour passer d’agréables vacances puis pour y habiter définitivement et s’investir dans la vie locale.

Nicole a animé le Comité des Fêtes pendant plusieurs années avec des animations fortes telles que le « Musée d’un jour » et le « Concert de musique classique » qui persistent encore aujourd’hui. Quant à Gérard son implication dans la vie du village l’a tout naturellement amené à devenir maire de Saint-Julien en 2001.

Nous ne pouvons que remercier cette famille qui a redonné vie au hameau des Bergers en le conservant, selon les souhaits de Nicole, « dans son jus » aussi bien en extérieur qu’à l’intérieur … Un bel exemple d’amour de notre Diois !

Danièle Lebaillif, Sainte-Croix

Bruno Robinne, Saint-Andéol

Avec la complicté et la bienveillance de Gérard Dellinger, les Bergers

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