Tous les Quintous connaissent l’église de Sainte-Croix et ses deux clochers qui dominent le monastère.

Son histoire est bien sûr liée à celle du monastère puisqu’elle était son église. Elle fut construite au XIème et a donc connu 1000 ans de cérémonies, chants religieux, consécrations et décrépitude …

Elle a vécu une période faste sous la gestion des Augustins, puis des Antonins, a dû accueillir de très nombreux pèlerins et malades qui venaient implorer Saint-Antoine pour être guéris du Mal des Ardents qui a sévi en France pendant des décennies. Combien d’abbés et de prieurs sont venus en ses murs confier à Dieu leurs difficultés rencontrées dans la gestion du monastère, combien de moines y sont venus prier et unir leur voix pour clamer leur foi, combien de passants, de malades se sont recueillis et ont demandé l’aide de Dieu devant leurs angoisses et leurs souffrances … On peut imaginer que le monastère attirait beaucoup de monde en ces temps difficiles où il était monnaie courante de s’en remettre à Dieu dans les grands moments de sa vie.

Puis les guerres de religion sont arrivées, très présentes et actives dans notre région. Le monastère et son lieu de culte en sont sortis meurtris et dans un triste état. Au XVIIème, l’église était en grand partie détruite, la voûte s’était effondrée et l’ensemble architectural du monastère et de son église était voué à disparaître. C’est alors que l’évêque de Valence a souhaité y implanter un séminaire, ce qui a momentanément sauvé l’édifice.

D’importants travaux ont eu lieu dans le monastère, mais aussi dans l’église. Elle a en effet été raccourcie d’une travée. On voit encore l’arche de la travée disparue au dessus du nouveau porche d’entrée du monastère. La voûte s’était effondrée …, on en refait une nouvelle, mais sans enlever les gravats de l’ancienne amassés sur le sol et donc le pavement de l’église se voit surélevé d’environ 1,60 m. On doit donc modifier les ouvertures donnant sur le monastère, porte et fenêtres, et les traces de ces changements restent visibles sur la face de l’église côté monastère. Et puis bien sûr il faut décorer ce nouvel édifice, ce qui est fait fin XVIIème.

Le séminaire n’ouvrit ses portes que pendant 18 années avant que le monastère ne retombe dans l’oubli.

À la révolution le monastère est cédé en tant que bien national à la famille Grangier qui conclut un bail emphytéotique, qui se concrétisera 50 ans plus tard par un achat définitif. Le monastère est donc privé depuis la révolution. À la même période, l’église est rattachée à la commune de Sainte-Croix.

La famille Grangier contestera ce fait lors de son achat du monastère en 1840 en arguant que l’église fait partie du monastère et qu’elle fait donc partie de son achat. Après un procès, c’est la commune qui l’emporta, mais les instances napoléoniennes avaient tranché depuis fort longtemps dans ce sens en confirmant le rattachement de l’église à la commune comme l’indique le premier cadastre officiel de 1824.

En 1805, suite au concordat, l’église est coupée en deux. La nef deviendra le temple du village, le chœur et les absides formeront la nouvelle église. Et depuis ce temps, l’église de Sainte-Croix abrite les deux cultes et a deux clochers, élément très rare qui la caractérise.

Très récemment des travaux ont été menés dans l’église dont l’intérieur est en mauvais état. Les intervenants ont ainsi découvert dans l’ancien chœur des décors peints à motifs floraux dans un état méritant leur préservation, voire leur restauration. Ils ont été vus et analysés par des experts qui ont confirmé la bonne facture de ces décors utilisant des colorants de qualité tels que le lapis-lazuli pour les bleus … Ils ont été datés de la fin du XVIIème, période de la décoration de l’église en vue de la transformation du monastère en séminaire.

Avant d’entamer la restauration de ces œuvres, l’édifice, église et temple, a fait l’objet d’un bilan complet de ses structures et le verdict est tombé après la visite de plusieurs experts, professionnels et architectes. Tous ont été unanimes, la charpente a beaucoup souffert et doit être revue. Le toit constitué de plaques amiantées recouvertes de tuiles canal poreuses et très abîmées doit faire l’objet d’un désamiantage avant la mise en place d’une nouvelle couverture respectant l’ensemble architectural de l’église-temple et du monastère. La base des murs doit être drainée afin d’éviter les remontées humides visibles actuellement sur les murs intérieurs de l’église. L’ensemble de tous ces travaux représente un budget colossal pour le petit village de Sainte-Croix : 208.000 €.

L’édifice n’étant pas classé, nous ne pouvons obtenir de subventions nationales. Le département a montré sa volonté de nous accompagner dans ce lourd chantier, mais nous devons faire appel à toutes les fondations, associations et organismes privés impliqués dans les projets de protection du Patrimoine.

Lancer tous ces appels aux fonds représente un lourd travail administratif et un suivi hebdomadaire que le maire et le conseil municipal auraient eu du mal à assumer compte tenu de leur charge déjà lourde.

C’est pourquoi une association a été créée en mai 2016, l’association des « Amis de l’église-temple de Sainte-Croix ». Les six membres fondateurs se sont lancés dans l’aventure. À ce jour la grande majorité des dossiers a été envoyée et nous sommes dans l’attente des retombées …

Un vide-greniers a été organisé le 21 août dernier, a remporté un bon succès et nous a permis de glaner quelques fonds de départ pour lancer des opérations de plus grande envergure.

Notre adhésion à la Fondation du Patrimoine devrait être officialisée sous peu afin de nous permettre de lancer des appels à donations privées que ce soit auprès d’entreprises, comme de particuliers en leur faisant bénéficier de crédit d’impôts allant de 60 à 66 % de la somme donnée pour la préservation du patrimoine de Sainte-Croix.

Alors si vous avez l’esprit « mécène » envers notre patrimoine quintou, appelez l’association au 06 86 08 16 03.

Grand merci par avance !…

Danièle Lebaillif

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