L’histoire des tours de Quint

Combien d’entre-nous, venant de Die, inclinant le regard vers le sommet de l’éperon rocheux qui sépare Sûre et Drôme, pensent n’apercevoir qu’un gros rocher grisonnant, à mille lieues d’imaginer voir là une tour médiévale extirpant la tête hors de la végétation. Les plus attentifs, venant de Quint au soleil couchant, ont découvert les restes de la tour nord en élevant les yeux vers le haut de la butte qui surplombe la cave Achard-Vincent. Seuls quelques intrépides ont entrepris la montée raide et difficile qui mène aux 3 tours de Quint. Et pourtant, la majesté des ruines, la vue magnifique de là-haut, tant sur la vallée que sur le beau village de Ste-Croix, récompensent largement les 200 mètres de dénivelé parcourus parfois avec difficulté.

Les Tours de Quint sont situées au sommet d’un roc calcaire cerné par la Drôme et la Sure dont le point culminant atteint 610m. La tour sud surveille la vallée de la Drôme. Sa collègue située à l’est englobe la vallée de la Sure et la ville de Die. La tour Nord tourne le regard vers les vallées de Quint et de la Sure.

La position stratégique des tours a joué un rôle important durant le Moyen Age. Elles nous livrent aujourd’hui un bout d’histoire du lieu, des seigneurs de Quint et des comtes de Valentinois.

Lieu stratégique

Le nom de Quint désignait le 5ème milliaire sur la voie romaine, au départ de Die (« ad Quintum »). La borne devait vraisemblablement se dresser au pied du rocher sur lequel on a retrouvé des monnaies, des tombes et des tegulae datant de l’ère romaine. Il est probable qu’un castellum y ait été érigé.

Le premier texte connu (1166) fait état d’un droit de pâturage aux chartreux de Durbon (St-Julien-en -Beauchêne) dans le « mandement de Quint ». En 1178, l’empereur Frédéric 1er proclame la suzeraineté de l’évêque de Die sur tous les biens à l’exception des « châteaux de Quint ». Il est probable que la vallée de Quint, ainsi que les châteaux appartenaient aux Poitiers, comtes de Valentinois. Plus que de simples tours, il s’agissait en effet à l’époque de leur construction de véritables châteaux.

Le nom de famille « Quint »

C’est au même moment qu’apparaît dans les écrits une famille portant le nom de « Quint », vassale des Poitiers. Le musée de Die possède une pierre tombale mentionnant Odon de Quint et son fils Giraud. Jarenton de Quint est évêque de Die de 1191 à 1198. Les droits de bûcheronnage et de pâturage de la famille sur Ambel et Font-d’Urle provoquent des différents avec l’abbaye de Léoncel. En 1246, le chevalier Adhémar de Quint vend ses biens et ses terres, échange « sa forteresse et maison de Quint » contre le château de Félines. La famille s’éteint au début du 14ème siècle.

Du Valentinois au Dauphiné

La châtellenie de Quint et de Pontaix est citée en 1266. Le mandement regroupe les paroisses de la vallée de la Sûre, au nombre de 6 à l’époque : St Julien de Tués, St Andéol, St Étienne, Vachères et Ste Croix, mais aussi Barsac et Pontaix. Au lieux dit « Lusset » existait un péage sur le chemin qui suivait la vallée. De cet épisode date aussi la légende de Vachères comme «  pays de la précaution ».

Les Tours de Quint ont joué un rôle important pendant les premiers épisodes de la guerre entre évêques et comtes au 13ème siècle. Les évêques tiennent Aouste, Saillans et la moité de Crest. Les comtes, avec Pontaix et Quint, bloquent le chemin vers Die. Les prélats seront ainsi obligés d’utiliser le chemin du « col de Beaufey » (appelé aujourd’hui « col de Beaufayn »), à 1099 m d’altitude, sur les limites d’Aurel, pour atteindre Die.

En 1312, le comte de Valentinois exige de l’évêque de Die qu’il indemnise les habitants de Quint dont le bourg a été saccagé par ses gens. La suite de l’histoire de Quint est peu connue. Seuls ses seigneurs successifs sont décrits dans les textes arrivés jusqu’à nous. En 1329, les Poitiers donnent une charte de franchise aux habitants. Elle comporte 24 articles et accorde aux habitants de Quint le droit de chasse sur Ambel. De nombreuses familles nobles de la région, les Lantelme de Gigors et de Vassieux, les Guillaume d’Egluy ainsi que les familles locales des Bouillanne et des Richaud possèdent des biens et des droits dans le mandement.

Le pays de Quint entre dans le Dauphiné vers 1420 et devient dès lors terre royale. Les tours sont décrites comme intactes en 1579. Elles sont utilisées par les Protestants dans la guerre les opposant aux envoyés du roi. Elles deviennent dès lors «  une menace pour l’ordre public ». Le roi ordonne de les détruire. Mais une des mines s’étant éventée, l’entreprise ne fut que partiellement un succès. Le site a été ensuite définitivement abandonné. Les tours mériteraient un sérieux débroussaillage et pourquoi pas une nouvelle vie par une mise en valeur …

Un peu de vocabulaire

Le terme mandement ou châtellenie désigne dès le XIe siècle un territoire formé autour de châteaux élevés par l’aristocratie rurale. Le châtelain est un officier nommé et rémunéré par un comte ou un prince. Sa charge est révocable et déplaçable. À sa fonction première d’être le gardien du château, il tient la comptabilité, lève des impôts et doit présenter régulièrement ses comptes : les comptes de châtellenie. Il exerce également l’ensemble des droits par délégation, militaire et judiciaire.


Merci à la revue « Terres Voconces » et précisément le n° de juin 1999 dans lequel nous avons trouvé l’inspiration et l’histoire de nos tours.

Jean-Claude Mengoni et Liek Wartena.

Couverture Terres Voconces n°1 de 1999

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Sur ses deux rivières, telle une motte ancrée

Cette colline, entre deux cluses à pic,

D’un généreux élan, couverte de forêts,

Nous surplombe, effrayant point de vue stratégique.

Aussi par le passé, en des temps féodaux,

Un château fut construit pour fixer ses rivaux,

Il en reste aujourd’hui les trois tours altières,

Encore bien conservées, bientôt millénaires.

Les pierres en gros blocs rendent à ces murs anciens

l’aspect figé du roc, mais la nature vient

D’un élan généreux réinstaurer les liens.

Les mousses et les lichens sur les tours austères

S’étirent sans peine. Lors ils redonnent chair

Un souffle sirupeux à ces âges de pierre !

Cyril Achard (Sainte-Croix, 1975-1997), écrit au printemps 1995.

Merci à la famille Achard de nous avoir permis de diffuser ce beau texte.

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